Sans savoir où demain nous mènera

documentaire de Nicolas Contant et Clémence Ménard
(sélection Itiphoto 2011)


Sans savoir où demain nous mènera est un film incertain sur l'incertitude, une enquête poétique sur le hasard. Ce road moviedocumentaire suit le fil de l'errance d'un couple de jeunes réalisateurs français sur le continent sud américain. Le film est le carnet de voyage qu'ils ramènent, subjectif et chronologique, fruit de l'expérience humaine et plastique entre la caméra, les personnes qu'ils rencontrent sur la route, l'espace en mouvement dans lequel ils évoluent et la question du hasard.

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The Winding Path of Chance is a documentary road movie in South America which studies the question of 'Chance'. On their journey from the Atlantic to the Pacific Ocean - a route left completely to chance - a couple meet fifteen characters who are dealing with the relationship between certainty and the unpredictability of chance, the antagonism between stability and movement, whilst they themselves face the problem of capturing this ambiguous phenomenon at the same time as setting a frame for the whole experience.

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Sans savoir est le prolongement expérimental d’un travail théorique duquel ressort que, peut-être plus que dans tout autre documentaire, le réalisateur itinérant est tenté de jouer avec l’aléatoire des rencontres. La relation sans lendemain qu’il tisse avec ses personnages se fait dans une relative gratuité. Par ailleurs, le cinéaste itinérant est dans un état psychologique et physique de rupture qui peut s’apparenter à une ivresse, ce qui donne lieu à une prise de vues répondant à des pulsions inexistantes dans la vie quotidienne. La mise en mouvement en terre inconnue, personnelle, physiquement engagée, amène l’utilisation d’un langage subversif pour un discours sur la modernité:

“Il apparaît que l’itinérant cherche plus ou moins directement à renouer avec la tentation de l’Orient, la conquête symbolique et vaine des origines. L’itinérance, ayant souvent pour point de départ nostalgique le refus de l’évolution du monde, permettrait de basculer dans un temps parallèle, à la fois torrent qui traverse l’âme et à la fois eau dormante par rapport au référentiel quotidien. Le voyage itinérant se révèle avant tout être une machine à émotions qui ramène l’homme contemporain face à sa condition et ses questionnements. Cette expérience du présent tente de répondre à un besoin de plénitude. L’enjeu c’est l’absence d’enjeu, la gratuite de l’errance. [...] Aussi diverses soient les approches [des cinéastes du corpus], en prenant la route, à la recherche de leurs coordonnées de vérités, les cinéastes itinérants se rejoignent dans un discours qui met l’individuation au cœur. Face à une globalisation grandissante où les distances se réduisent et où le modèle pousse à l’uniformisation, l’ailleurs se dissout et la différence avec. Les artistes sentent l’urgence de s’engager dans un discours politique, humain, social et sociétal avec un accent tantôt contestataire voire libertaire, tantôt poétique. "
L’itinérance comme démarche de tournage documentaire